Quentin Dujardin: Agua Sessions #01





Agua Sessions #01

« Notre tournée avec le disque « Water & Fire » a été interrompue par le confinement, on a fait entre 80 et 100 dates, le développement sur la France a été interrompu. « Water & Fire » a été la première pierre de l’édifice avec Didier Laloy. L’accordéon est vraiment intéressant dans cette formule tout à fait différente harmoniquement de celle que j’avais avec le piano d’Ivan Paduart avec qui je devais adapter mon jeu de guitare. Ici, je me retrouve avec plus d’espace car le jeu harmonique des claviers à boutons me laisse en tant que guitariste une place plus importante dans l’harmonisation des thèmes de Didier et de moi-même. C’était la première démarche, et dans la foulée, ça a tellement bien marché notamment avec Adrien Tyberghein, un contrebassiste français absolument fantastique dans la lignée de Renaud Garcia-Fons avec une démarche classique et une précision redoutable. J’ai voulu proposer à Didier de relancer la musique en studio.

Pendant trois mois, j’ai travaillé sur l’écriture, la production ; avec le confinement, on ne se voyait plus, sinon par zoom mais c’était difficilement connectable avec les instruments. Avec la réouverture en été, j’ai pu retourner en France avec Didier pour la tournée et je lui ai parlé du projet qui, confinement oblige, allait se concentrer plus sur ma musique. Je lui ai proposé de faire un deuxième album avec une formule plus forte, plus imposante.

J’avais aussi le rêve depuis des années de mettre en connexion Manu Katché et Nicolas Fiszman qui sont des amis de longue date avec qui j’ai travaillé sur des projets différents, mais sans les avoir ensemble. Pour moi, c’est ma section rythmique idéale en tant que musicien, ils ont eu un parcours différent, mais similaire dans l’approche de la musique et dans l’approche du groove. Les avoir sur cette musique, c’était vraiment le moment. »


Nicolas Fiszman

« Nicolas et Manu se connaissent depuis l’âge de quinze ou seize ans, Nicolas était déjà à Paris après l’album qu’il a fait avec Philip Catherine, Trilok Gurtu, Charlie Mariano et Toots. Il a parcouru toutes les scènes européennes de jazz, il a joué avec toutes les stars une carrière fulgurante, sa musique est extrêmement mélodique ce qui colle très bien avec la chanson où il fait une carrière fantastique et du coup, on l’a un peu perdu côté jazz, même si on le trouve chez ACT ou ECM avec Dominic Miller. Il est complètement libre dans ses choix, il ne s’est jamais attaché à respecter le cadre purement jazz, il a toujours envisagé son métier avec beaucoup de liberté et d’« étincelance », il apporte beaucoup d’idées. Il sait que quand on travaille ensemble, le côté mélodique aura de l’importance. »




L’annonce de l’album à venir.

« Les quatre titres sortis sont des « live » et les vidéos des morceaux sortiront aussi ; cela annonce un album complet qui sortira en octobre avec une tournée qui se déroulera avec Manu, mais sans Nicolas qui lui sera en tournée avec Francis Cabrel. Cet EP est un avant-goût de ce qui est déjà en boîte. »


L’esprit du jazz ?

« C’est la liberté, un des éléments fondamentaux de ma manière de penser la musique, et cette liberté, je la cadre parfois avec une mélodie forte. J’aime aussi que la production soit très contrôlée et c’est peut-être ce qui efface le côté jazz de ma musique, mais il y a toujours un instinct de liberté dans le fond. J’ai eu un grand choc à treize ans quand j’ai entendu le disque de Philip Catherine « Transparence ». Mon père ramenait des disques de chez « Etincel » dans le Passage Lemonnier à Liège, de la guitare classique et de la musique baroque surtout.

Et sur le conseil du disquaire, il a ramené le disque de Philip Catherine. Je suis tombé raide dingue de ce disque que je trouve profondément mélodique et beau. Et pendant des semaines et des mois, je l’ai eu sur mon walkman, je le mettais tous les matins et le soir pendant l’étude au collège au point que je savais tout chanter, les solos, les mélodies, les riffs de guitare, j’entendais les harmonies de Diederik Wissels, les lignes de basse de Hein van de Geyn, Aldo Romano qui est on ne peut plus clair dans le soutien aux mélodies.

Ça a été un choc, c’est comme ça que j’ai découvert l’improvisation, je n’avais jamais abordé ces questions, les seuls écarts que je connaissais c’était les nuances fortissimo, pianissimo… Des interprétations classiques. Et mes professeurs de musique classique m’ont déconseillé de jouer sur une guitare électrique parce que le positionnement des doigts était différent, parce que l’écart entre les cordes n’était pas le même, j’étais dans l’inquiétude de ce qu’allait penser la « caste ».

J’ai mis des années pour comprendre ce que c’était l’improvisation, le premier qui m’a aiguillé, inspiré, c’est Pierre Van Dormael. J’ai poursuivi sur cette idée que l’improvisation était une nécessité. Tout ça pour dire que ma musique n’est pas que jazz, elle est inspirée de tellement d’influences, d’aventures, de voyages à travers l’Afrique, l’Espagne… Je ne m’inquiète plus de la caste dans laquelle on me met, je ne cherche pas à me faire reconnaître plus par les jazzmen que par les musiciens classiques ou ceux de la musique du monde, je vais là où la bonne musique m’inspire et où je peux faire des connexions positives. J’écoute autant de la musique folk que du baroque, j’adore le jazz de ceux qui poussent le paroxysme des improvisations ou ceux qui introduisent leur culture comme Tigran Hamasyan, des gens qui ont un chemin au-delà de ce que le jazz offre. Beaucoup de musiciens sont frustrés de ne pas sortir de leur caste, il faut assumer un parcours dans le jugement. Je porte une envie de dire aux gens « libérez-vous ».

Propos recueillis par Jean-Pierre Goffin  -  photos © Jean Mahaux
Une collaboration Jazz’halo / JazzAround


Agua Sessions #1
Agua Music

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