Gaume Jazz n°35





Entre humidité du vendredi, soleil du samedi et nuages de dimanche, le Gaume Jazz a offert autant de diversités climatiques que musicales, ces dernières ont sans aucun doute réjoui le très nombreux public de cette 35e édition.

Découvertes et cartes blanches sont chaque année les maîtres-mots sur la plaine de Rossignol, avec toujours une touche un peu spéciale, la surprise du chef, dirait-on au restaurant: cette année, deux thématiques ressortaient au-delà des traditionnelles cartes blanches: la forte présence féminine (alors que la presse venait de titrer quelques jours plus tôt sur le faible pourcentage de dames dans les festivals de l’été – 11% !) et la place réservée aux projets venant « de l’autre côté des champs de betteraves » avec la découverte de projets de Flandres à l’occasion des 25 ans de Jazzlab, le dynamique noyau qui s’ouvre aux projets émergents.


Lynn Cassiers ne laisse personne indifférent depuis longtemps déjà : bidouilleuses de sons et de voix, elle présentait le projet « Yun » entourée de musiciens de grande classe : Erik Vermeulen au piano, Jozef Dumoulin aux claviers et électro, Marek Patrman à la batterie, Manolo Cabras à la contrebasse et Sylvain Debaisieux au sax ténor. Rien n’est banal chez cette chanteuse atypique: ni sa voix, fluette et aigüe, ni son utilisation des machines électroniques, ni sa vision du répertoire de standards…

C’était en effet le programme proposé, mais il fallait l’aide d’une autre chanteuse, Barbara Wiernik, pour après le concert décortiquer les standards revisités – et c’est un faible mot: de mon côté, Cole Porter avec « I Love You » et « Crazy He Calls Me » furent les seules références ouies dans ces versions originales mais propres à l’univers de Lynn.

 

« OTTLA », le projet du guitariste Bert Dockx avait les honneurs de la grande scène du chapiteau: si certains mettent en scène, Bert Dockx met en son: « Etrange Pursuite », par exemple, aurait pu être la bande son d’une chevauchée dans les plaines de l’Ouest. Le guitariste sort une variété étonnante de sonorité allant du country aux envolées hendrixienne assourdissantes en passant par le rock et, un peu de jazz pur avec un thème de Monk. A la fois terriblement rock et franchement jazz par l’attitude et l’esprit, le sextet a conquis par son énergie générale et la diversité des timbres.

Autres moments forts de ce dimanche, les deux prestations de Laurent Blondiau. En scène off d’abord, sur le magnifique site de Montauban entre ruines industrielles, plan d’eau, œuvre d’art et containers métalliques, le trompettiste a offert une promenade intimiste sur ce lieu magique. Quatre instruments, une trompette, deux bugles et une intrigante petite trompette à deux pavillons et piston aléatoire, la surprise était dans la variété et les climats magnifiés par la beauté du lieu.

Fin d’après-midi, on retrouvait Laurent Blondiau avec le guitariste Gábor Gadó dans l’église : univers planant, mystique parfois autour d’un répertoire baroque au départ, mais qui prenait des chemins de traverse inattendu, un superbe moment du festival.

Des instants mémorables, on avait déjà eu la veille avec le concert solo d’Eve Beuvens, un défi proposé par Jean-Pierre Bissot à la pianiste habituée du festival. Référence à l’album en quartet qu’elle a présenté ici même l’an passé avec Mikael Godé, Eve Beuvens débutait avec « My T.T.T. », référence claire à Bill Evans, et inspiré par l’œuvre dodécaphonique de Schönberg (Eve citera aussi en aparté l’influence du pianiste japonais Masabumi Kikuchi), puis « Snow in the Wind » avec ces moments qui faisaient penser à Paul Bley. Comme un fil d’Ariane, on retrouve « Caravan » d’Ellington à trois reprises, puis « Crespuscule with Nellie » de Thelonious Monk, et en rappel « Les Roses de Saadi » qu’on trouve sur l’album « Heptatomic ». 

Ses albums précédents, Monk, Ellington, Bley, Bill Evans, autant de cailloux sur le parcours d’Eve Beuvens qui l’ont menée à ce concert d’une grande intensité musicale et d’une sensibilité admirable. Sans aucun doute un des grands moments du Gaume Jazz 2019 !

Toine Thys se voyait offrir la 75e carte blanche du Gaume Jazz! Deux instruments aux couleurs de l’Orient, le oud de l’Egyptien Ihab Radwan et les percussions de Simon Leleux, et deux classiques occidentaux entre les mains d’Annemie Osborne (violoncelle) et Harmen Fraanje (piano), c’était l’équilibre recherché autour des saxophones (ténor et soprano) et de la clarinette basse de Toine Thys. L’équilibre allait être le leitmotiv de ce concert où le partage entre les solistes était total, à la fois en solitaire, mais aussi, de façon brillante et originale, dans les unisons oud-violoncelle, piano-oud… Entre compositions de Toine Thys, « Memory of Trees » et mélopée de Radwan, le groupe installait un climat sonore à la fois empreint de méditation et de fascination. « Istanbul Street Kids », débute comme un chant triste et s’envole sur un rythme oriental ou-percussions, le piano s’envolant sur des accords violents.

Une première qui promet de beaux lendemains… obligatoires puisque les membres du groupe se sont fait tatouer une capsule d’Orval sur la fesse ! Impayable Toine Thys !

Entre les deux pianistes qui se sont succédés le dimanche après-midi, on ne sait que choisir – mais le fallait-il - entre la vigueur et la frappe de Marie Fikry avec son magnifique projet oriental sorti en cd récemment et les subtilités harmoniques du violoncelle – magnifique et souriante Sigrid Vandenbogaerde - et du piano d’Anne Wolf dont le tout frais album sera bientôt dans les bacs. Deux dames au caractère bien trempé qui ont enthousiasmé le public.

Faut-il dire que le grand chapiteau était tout autant bondé pour la venue de la star de cette édition Rhoda Scott, et pour le duo de Lenine avec le pianiste Martin Fondse. Une nouvelle édition pleine de découvertes pour le Gaume Jazz en route vers les 40, voire 50, éditions !

Texte © Jean-Pierre Goffin  -  photos © Hugo Lefèvre


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