Jazz Middelheim 3 août 2017: un départ en fanfare

Jeudi 3 août, une journée pleinement réussie. Sous le grand chapiteau, trois enthousiasmants concerts avec des musiciens américains de premier plan et une confirmation: les Belges d'Urbex jouent dorénavant dans la cour des tout grands. Etre programmé sur la grande scène, et, non pas tels certains, comme MikMâäk en 2014, en tout début de journée, est déjà un signe de la part des programmateurs. D'autre part, une majorité du public était assurément venue acclamer le "batteur de Bowie", le fils de Dewey Redman et le saxophoniste révélé par ce Dream Weaver enregistré avec Keith Jarrett, mais, comme eux, Antoine Pierre et sa bande ont eu droit à une standing ovation. Preuve ultime, le reportage consacré au Middelheim, le lendemain, par la VRT, au journal de 13h.: à côté des images de Charles Lloyd et Joshua Redman, une large place était accordée à ces "jeunes musiciens belges talentueux", avec interview d'Antoine Pierre, aussi à l'aise dans la langue de Vondel que celle de Shakespeare.

A 15h30, Mark Guiliana, le musicien en résidence cette année, présentait son Jazz Quartet: Jason Rigby, saxophoniste ténor qui joue beaucoup en trio ou en quartet avec Cameron Brown et Gerald Cleaver, Chris Morrissey à la contrebasse et, au piano, Fabien Almazan, musicien d'origine cubaine, élève de Kenny Barron et sideman de Terence Blanchard. Un jazz contemporain, résolument post bop et nerveux, avec le ténor rageur de Rigby (quelque part entre Joe Lovano et Chris Potter) mais avec des accalmies comme cette intro de September avec saxophone à la sonorité feutrée, piano et contrebasse jouée à l'archet, tout en contraste avec le thème suivant qui s'ouvre sur un étourdissant solo de batterie.

Quelques compositions du premier album, Family First, de nouveaux titres, comme September, qui figureront sur le prochain album, Jersey (sortie prévue en septembre), mais aussi Where are we now de Bowie, avec une envolée lyrique du piano.

A 17h30, Urbex et sa large palette sonore, tout en contrastes: belle alliance entre la trompette de Jean-Paul Estiévenart, le ténor de Steven Delannoye, les ténor, soprano ou clarinette basse de Toine Thys, contraste entre le piano acoustique de Bram De Looze et les sonorités électriques de la guitare de Bert Cools, avec ses multiples effets, et la basse électrique de Félix Zurstrassen, le tout propulsé par un duo de percussions galvanisatrices, batterie d'Antoine Pierre et percussions multiples de Fred Malempré (congas, cymbales, woodbloks, cowbells, clochettes, udu). Une musique colorée pour des compositions conçues comme de sophistiqués millefeuilles.

Là aussi, des compositions originales extraites du premier album (Coffin for a sequoia, Metropolitan Adventure), un thème joué en quintet, trompette et rythmique pour Consequences mais aussi de nouvelles compositions comme ce Tomorrow, avec battle entre la batterie et les percussions (notamment cymbales et cowbells plongées dans un bassin d'eau pour en modifier le timbre). Rappel et standing ovation.

A 19h30, Joshua Redman présente son quartet Still Dreaming, une forme d'hommage à Old and New Dreams de Dewey Redman, Don Cherry, Charlie Haden et Ed Blackwell. Le saxophoniste s'est ainsi entouré de Ron Miles au cornet, un musicien qu'on avait déjà entendu au Middelheim, en 2015, avec Jason Moran; Scott Colley, majestueux à la contrebasse (quelle pureté de sonorité) et l'énergique Brian Blade à la batterie. En début de concert, des thèmes très "colemaniens", signés par Joshua Redman ou Scott Colley, mais aussi Guinea de Don Cherry et Walls Bridges de Dewey Redman en hommage à Old and New Dreams; puis un jazz beaucoup plus contemporain, avec davantage d'espaces de solo. De nouvelles compositions du leader et du contrebassiste, avec envolées enflammées du ténor.



A 21h30, on retrouve, à 79 ans, un Charles Lloyd en pleine forme tant au ténor qu'à la flûte, et avec un large sourire aux lèvres qui traduit son évident plaisir de jouer avec ces "Marvels". D'un côté, la rythmique du quartet avec Jason Moran, soit Reuben Rogers à la basse et Eric Harland à la batterie; de l'autre, le duo guitare électrique avec effets et la steel guitar du quintet de Bill Frisell et Greg Leisz, guitariste qui a enregistré avec Frisell (Guitar in the space age) et beaucoup joué avec des vedettes du rock, comme Eric Clapton, Joe Cocker ou Randy Newman.

On avait beaucoup entendu Lloyd avec des pianistes: Keith Jarrett, Geri Allen, Brad Mehldau, Bobo Stenson ou Jason Moran. Avec ce retour vers la guitare électrique, on revient à ses débuts de carrière chez Atlantic, l'époque du quartet avec le Hongrois Gabor Szabo. Pour preuve, ce Of course, of course de l'album avec Szabo. Bref un voyage à travers le temps, de Sombrero Sam du LP Dream Weaver enregistré avec Keith Jarrett, Tagore on the Delta de l'album Passin'thru, All my trials ou cet "anti-war folk song", Masters of War de Bob Dylan du tout récent I long to see you. Un vibrant Shenandoah en rappel et ultime standing ovation.

Sur le Club Stage, Jozef Dumoulin, dans tous ses états: duo piano-Fender avec Benoît Delbecq, True company avec la chanteuse palestienne Kamilya Jubran, improbable Trojan Panda à 3 guitares et guitare basse sur fond de batterie, Red Hill Orchestra avec Ellery Eskelin.

Un dernier bon point pour le Middelheim: pas de catégories différentes de places, comme à Gand, avec cette conception "bourgeoise" héritée des désuètes salles à l'italienne et fondée sur une division en classes sociales différentes, antinomie complète de l'essence-même du jazz. Ici,les vrais amateurs arrivent tôt et occupent les premiers rangs, en parfait respect des musiciens.

Texte © Claude Loxhay  -  photos © Cees van de Ven



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