B.M.C.: un label à la forte identité

B.M.C.: un label à la forte identité

Various

Budapest Music Center

En 2014, à travers une interview (lire ici) réalisée lors du festival Jazz Brugge, György Wallner, l'un des membres du Budapest Music Center, avait expliqué la genèse de la maison de production hongroise et sa politique culturelle. Le dernier Belgian Jazz Meeting a été l'occasion, pour lui, de présenter cinq des dernières productions du label: une opportunité pour revenir sur ce qui fait l'identité de BMC.

Le label hongrois fait preuve d'un réel souci d'éclectisme. S'il vise à défendre les musiciens hongrois et ce qui fait leur spécificité (par exemple, le recours au cymbalum), le label accueille volontiers des musiciens d'autres pays. Au niveau des différents courants musicaux, il a aussi pour objectif d'abolir les frontières comme le montrent les cinq albums présentés ici.

Ce qui contribue aussi à la personnalité du label, c'est sa vraie identité graphique: toutes les pochettes sont confiée au graphiste Lázló Huszár, à l'inspiration volontiers onirique. Autre caractéristique: la présence d'un livret détaillant le projet musical, avec photos des musiciens.

Petit coup d'oeil sur les dernières productions.


Bálint Gyémánt: True Listener

Le public belge a pu découvrir le guitariste Bálint Gyémánt en duo avec la chanteuse Veronika Harcsa, notamment au Gaume Jazz Festival. Gyémánt a d'abord étudié la musique classique avant de se tourner vers le jazz avec, comme professeur, le guitariste Gábor Juhász qui lui a fait découvrir la musique de John Scofield et Pat Metheny.

Il  a rencontré Veronika Harcsa à la Ferenc Liszt University of Music: ensemble, ils ont enregistré 7 albums dont Lámpafény consacré à des poètes hongrois du 20e siècle.

C'est aussi à la Ferenc Liszt University qu'il a rencontré Tibor Fonay, le contrebassiste du trio réuni ici. A la batterie, on retrouve Lázló Csizi qui a d'abord étudié le piano classique avant de se tourner vers le jazz et la batterie: il a notamment joué avec Dave Liebman et Bob Mintzer.

Enfin, sur 4 titres, le trio accueille Shai Maestro, le pianiste d'origine israélienne, membre du trio d'Avishai Cohen et leader d'un trio avec Ziv Ravitz à la batterie.

Au répertoire, 11 compositions originales, une série de mélodies impressionnistes, des ballades néo-romantiques comme Indigo, des thèmes où l'on ressent l'influence de Metheny comme sur Passway ou, sur True Listener, celle de Gábor Szabo, le guitariste de Charles Lloyd, à l'époque de l'album Of course of course.

Avec Meet me on the other side, l'album s'ouvre sur un solo de guitare acoustique, comme c'est aussi le cas sur Indigo (acoustic version). Les autres compositions sont jouées à la guitare électrique, tantôt avec des sonorités irisées (The GFC) ou des effets d'écho (Pathway, Illusions). Des ballades très mélodiques alternent avec des thèmes au tempo plus enlevé sous la pulsion de la batterie (Flight to Berlin) ou en dialogue interactif avec le piano de Shai Maestro (Indigo, The last 100 meters, Tricky knee, Illusions).



András Dés Trio: The worst singer in the world

Proche de True listener par certains aspects, voici un album du András Dés Trio, avec Dés à la batterie et aux percussions, Márton Fenyvesi à la steel string guitar et István Tóth Jr à la guitare nylon: un trio purement acoustique, si l'on excepte quelques effets de "pedals and loops".

Leader d'un autre trio comprenant Mátyás Szandai à la contrebasse et Szabolcz Oláh à la guitare, Dés rassemble un nombre impressionnant de percussions: cajón (Gardening), frame drums (Transparent afternoon), bodhran (Holding your hand), crissements sur cymbales (Interplay II), clochettes, percussions corporelles (Lullaby under the sky), tuyau et un kalimba chromatique dont il tire de belles lignes mélodiques (Intro, Sea at second sight).

Tout au long de ses 7 compositions originales et des deux compositions collectives, Dés se fait, entre ce qu'il appelle "l'autocratie de la musique classique et l'anarchie du free", le défenseur d'une "voie démocratique" faite d'écoute mutuelle, de libre impro et d'interactivité spontanée entre musiciens. Pour cela, il peut compter sur une réelle osmose entre les deux guitaristes, une complémentarité exemplaire entre la sonorité sèche de la guitare aux cordes d'acier et celle plus suave de la guitare nylon.

Tout au long de l'album, la musique, d'un grand lyrisme mélodique, navigue, avec une réelle originalité, entre folk et jazz.



Trio Kontraszt: From Dyonisian sound sparks to the silence of passing

Autre trio, mais un tout autre contexte musical, un trio ancré dans la tradition du free européen. Le trio Kontraszt réunit Stevan Kovacs Tickmayer au piano, piano préparé, harmonium et autres claviers; István Grencsó aux saxophones ténor et soprano, à la clarinette basse et à la flûte et Szilveszter Miklós à la batterie et aux percussions.

Le Kontraszt avait déjà enregistré un album en 2014 mais avec Tamás Geröly à la batterie. Quant à Grencsó, on l'avait déjà entendu sur Open Collective Flat en 2014 et Marginal Music en 2015, avec Rudi Mahall à la clarinette.

En constante tension avec le piano, piano préparé (Hesitated, Zeno's Aporia) ou harmonium (Dirge), Grencsó passe d'un ténor rageur (De ira, Hesitated) à un soprano incisif (Memorial, Passamezzo ongaro per trio), à la clarinette basse à la sonorité boisée (Quasi da lontano, Sirato) ou à la flûte (Your beauty behind the veil).




Béla Szakcsi Lakatos - Christophe Monniot: Density of standards

Lakatos fait partie des musiciens tutélaires du jazz hongrois. A Bruges, on l'avait entendu en duo avec le cymbalum de Miklós Lukács. Il a multiplié les enregistrements et les rencontres comme celle de Tim Ries, en 2014, pour Climate Change (chroniqué en 2014).

Pour ce Density of standards, qui porte bien son titre, il a décidé de se confronter, avec József Barcza Horváth à la contrebasse et Elemér Balázs à la batterie, au saxophone alto du Français Christophe Monniot qu'on attendait pas fatalement dans un tel contexte. Au total, de grands classiques, de Body and soul à Summertime ou Mood Indigo, ou des standards, de Over the rainbow à Someday my prince will come. Un vrai retour à la tradition, entre nostalgie (Bye bye blackbird) et swing naturel (Body and soul).



Pulcinella: 3/4 d'once

Avec 3/4 d'once, on embarque encore pour une tout autre direction: une musique hors sentiers battus, entre tradition et folk, avec des accents jazz en compagnie d'un quatuor français: Ferdinand Doumerc (saxophone et flûte), Florian Demonsant (accordéon), Jean-Marc Serpin (contrebasse) et Pierre Pollet (batterie).

Un album qui sera chroniqué séparément dans un prochain avenir.


Claude Loxhay


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