L'Orchestre National de Jazz fête dignement ses 30 ans: concert prestige à Paris et tournée qui passe par Anvers.


ONJ Olivier Benoit © Denis Rouvre

Institué dans les années '80, à l'initiative de Jack Lang, alors Ministre de la Culture, l'ONJ fête ses 30 ans d'existence. Le deux septembre, avec un concert exceptionnel à Paris, dans l'écrin de la salle de la Philharmonie, au coeur de la Cité de la Musique. Ensuite, au travers d'une tournée européenne qui fera halte au De Singel à Anvers ce 26 octobre, avec le répertoire de l'album Europa - Berlin, comme à Paris. Un événement à ne pas rater.

 

Le concert parisien:
En première partie:

L'actuel ONJ, dirigé par Olivier Benoît, reprenait l'essentiel du répertoire Europa-Berlin, le deuxième opus de ce réel projet à dimension européenne, débuté par Europa-Paris et qui se poursuivra avec Europa-Rome (sortie de l'album en octobre) puis avec Europa-Oslo (sortie de l'album au printemps 2017).

Cette reprise d'Europa-Berlin se révélait une occasion parfaite pour mettre en évidence chacune des 11 personnalités fortes qui constituent l'ONJ actuel, assurément l'un des meilleurs crus, avec ceux de Claude Barthélemy, de Frank Tortiller et, n'en déplaise à André Francis, celui de Paolo Damiani, en collaboration avec François Jeanneau.

Comme sur l'album, le concert s'ouvre sur L'Effacement des traces, avec son intro bruitiste, le temps que se mette en place la masse sonore compacte de la formation, avec sa large palette de couleurs, le tout dominé par le trombone rugissant de Fidel Fourneyron. La deuxième partie de la composition, avec ce bel équilibre entre le Rhodes de Paul Brousseau et le piano de Sophie Agnel en intro, laisse une large place aux anches (Alexandra Grimal, Hugues Mayot et Jean Dousteyssier). Métonymie met en évidence toute la flamboyance du violon de Théo Ceccaldi. Révolution, sous l'impulsion de la batterie d'Eric Echampard et le couple piano-Rhodes avec motifs obsédants, permet à la trompette virevoltante de Fabrice Martinez de prendre son envol. Oblitération, avec ses samples, propose un beau solo de piano et Détournement met en évidence l'inventivité de Paul Brousseau aux claviers électriques. Persistance de l'oubli met, enfin, au premier plan la guitare survoltée d'Olivier Benoît. Une succession de compositions à l'architecture savante et aux riches contrastes rythmiques.



En deuxième partie:

Dans la foulée de premières rencontres en juillet, suivies de 5 jours complets de répétitions intensives, l'équipe du Nordiste rencontre les directeurs artistiques des 10 précédents ONJ. Pour cela les 11 musiciens de l'ONJ actuel sont rejoints par des élèves du Conservatoire de Paris et de la Norvegian Academy of Music d'Oslo: en l'occurrence, d'un côté les "Parisiens" Pascal Mabit (as), Simon Corneille (bs), Timothée Quost (tp), Hugues Morisset (tp), Jules Jassef (tp), Lucas Spiler (tb), Maxime Morel (tb, tuba), Raphaël Olivier Beuf (g), de l'autre, les "Norvégiens" Kristoffer Albert (ts) et Magnus Joelsson-Murphy (tb).

Premier invité, François Jeanneau dirige Jazz Lacrymogène, une composition de 1986: une composition courte pour big band aux sections traditionnelles fixes, sans solo.

Suit Antoine Hervé, avec Desert City, de l'ONJ 87, nouvel exemple de formation avec division traditionnelle en sections, mais cette fois, avec solo de saxophone alto, sur fond de trompettes bouchées;

Cette structure traditionnelle du big band explose avec Claude Barthélemy qui reprend sa composition Real Politi K (titre d'un album de 86 qui précédait son premier ONJ): une masse sonore compacte, avec flamboyances électriques et dominée par le violon de Théo Ceccaldi (l'ONJ de 1989-91 ne comprenait pourtant pas de violon à l'époque).

Avec A plus Tard, titre d'un album de 1992 de Denis Badault, l'orchestre reçoit une première invitée, Elise Caron dont la voix voltige en confrontation avec la masse sonore de l'orchestre.

Pour sa part, Laurent Cugny reprend In Tempo de 1996, nouveau retour aux sections traditionnelles, avec apport du Rhodes et solo de violon.

Avec Out of, de l'album ONJ Express, Didier Levallet fait se succéder les solos: trompette, guitare, saxophone.
Paolo Damiani a, pour sa part, opté pour sa composition Argentiera de l'album Charméditérranéen: intro de cello qui introduit le son d'ensemble de la formation, dominée, à nouveau, par le violon.

Pour illustrer son deuxième ONJ (2002-05), Claude Barthélemy reprend un thème orientalisant de La Fête de l'eau, Oud oud, avec son intro d'oud et une masse sonore dominée par un saxophone soprano.

Plutôt que de reprendre un thème de Close to Heaven ou d'Electrique, Frank Tortiller, en symbiose avec sa passion pour la valse musette, a choisi Valse Deux, composition qu'il a jouée avec l'ONJ mais qui ne figure que sur l'album Sentimental 3/4: le vibraphone lance le thème que développe l'orchestre, avec solo de trombone et de vibraphone, avec une forte implication de la batterie (l'ONJ de 2005-08 comprenait deux batteries).

En directeur artistique, simple observateur en bord de scène, Daniel Yvinec (2009-2013) a opté pour Shipbuilding, une "chanson anglaise" qui figure sur son album Around Robert Wyatt, avec la chanteuse Yael Naim en invitée.

Au final, Olivier Benoît revient en chef d'orchestre avec Paris V, l'une des compositions d'Europa-Paris: nouveau retour à cette palette sonore riche et compacte, dominée par un saxophone.

Indéniablement, l'ONJ, dans ces différentes configurations, a constitué une extraordinaire vitrine de jazz français. Cette soirée sert aussi de tremplin à une belle tournée consacrée au projet Europa-Berlin.



La tournée:

Tout le mois d'octobre, l'ONJ est en tournée à travers l'Europe (France, Hongrie, Allemagne, Autriche, Suède et Belgique, avec arrêt au De Singel). Ce sera l'occasion de découvrir l'architecture savante des compositions originales d'Olivier Benoît et l'extraordinaire sonorité d'ensemble de l'orchestre comme l'inventivité de ses solistes.

Interrogé pour jazzaroundmag, Olivier expliquait le choix de son équipe réduite par rapport à certaines formations précédentes, comme celles réunies par François Jeanneau ou Antoine Hervé: "C'est un choix prioritairement artistique: on est à mi-chemin entre le big band et le combo élargi. L'orchestre garde une certaine mobilité, les solistes ont pleinement leur place et ne sont pas des musiciens de sections. Je tenais vraiment à ce que les individualités s'expriment: chaque musicien est exceptionnel. Tous sont bien plus que des exécutants, ce sont des figures singulières." A l'image, entre autres, de Théo Ceccaldi au violon, Fabrice Martinez à la trompette, Fidel Fourneyron au trombone ou Alexandra Grimal au saxophone. Quant au choix de la capitale allemande pour son deuxième projet, le guitariste expliquait: "Berlin, c'était pour moi une évidence, cette ville est d'une vitalité unique au monde du point de vue de l'activité artistique." Une vitalité que les compositions d'Olivier Benoît mettent parfaitement en valeur. Rendez-vous au De Singel, le 26 octobre prochain.

Claude Loxhay, octobre 2016
Article publié par citizenjazz et jazzaround

Les dates de concerts:

8 octobre: Le Thor, Auditorium Jean Moulin
14 octobre: Budapest Music Center
15 octobre: Wroclaw, National Forum of Music
16 octobre: Vilnius, Jazz Festival
18 octobre: Munich, Jazz Club Unterfahrt
19 octobre: Salzbourg, Festival Jazz and the City
21 octobre: Göteborg, Art Sound Festival
26 octobre: Anvers, De Singel
28 octobre: Audincourt, Le Moloco.


Intéressant à lire:

http://www.jazzhalo.be/interviews/olivier-beno%C3%AEt-orchestre-national-de-jazz-un-entretien/


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